22 avril 2006

Claude Esteban - morceaux de ciel presque rien

Claude Esteban est décédé. Notre amie Hélène m’a communiqué un beau dossier sur ce poète. En voici un extrait.

On s'arrête, on a trop
marché, trop veillé peut être

peut être pour rien et c'est déjà comme
un repos de dire

qu'on s'arrête, peut être que le temps
va s'arrêter avec nous

c'est un jour gris, un jour
quelconque, il y a

quatre corbeaux sur un arbre, je le dis
juste pour dire

que je ne suis pas mort, quelle
importance, quatre

corbeaux, un arbre, moi
devant

et la terre qui n'en finit pas

extrait de MORCEAUX DE CIEL PRESQUE RIEN

Morceaux de ciel, presque rien , regroupe des poèmes déjà parus chez Fourbis et des inédits. Le poète y explore une sorte de déperdition, comme si son univers se rétrécissait, devenait ce « presque rien » en « morceaux de ciel » que le titre annonçait. Fragments, formes brèves - une section « Écorces » emprunte la manière du haïku japonais -, diptyques présentent un paysage qui indique que pointe la sécheresse et que la parole, dans une extrême tension, accepte d'aller jusqu'à se perdre, disant « n'importe, on est toujours le même, on écoute, / on fait semblant de comprendre, un peu, le vent redouble». Les mots, les jours et les espoirs sont comptés. « Là où l'espace est sans limites / un coeur s'étouffe » dit le poète. Morceaux de ciel, presque rien de Claude Esteban est un receuil d'une grande intensité, la parole y avance dans un territoire d'agonie, une version de la réalité qui mot à mot sidère : « et puis ce fut / beaucoup de noir devant moi. »

21 avril 2006

La poésie contemporaine sur Poésie Libre Echange 4


Sur ce groupe, depuis janvier 2005, nous explorons pendant un mois, deux mois des poètes contemporains.

Voici les poètes sur lesquels nous avons déjà échangé et le programme à venir


Denis Roche / Lorand Gaspar / Daniel Biga / Antoine Emaz, en parallèle avec Charles Juliet /Marie-Claire Bancquart / Claude Pélieu / Andrée Chédid / Bernard Noel / Michel Deguy

Mars- avril 2006 : Jacques Ancet

Avril - Mai 2006 : Valérie Rouzeau

Mai - juin 2006 : Philippe Jaccottet

Juillet - août - septembre 2006 : Mohammed Khaïr Eddine

En projet :
André Du Bouchet
Jacques Réda
Abdellatif Laâbi
Jean-Pierre Verheggen
Christian Prigent
Guy Goffette
Rabah Belamri
Valère Novarina
Claude Esteban
Jean Grosjean

Vous pourrez lire nos échanges en rejoignant notre groupe, Poésie Libre Echange 4, tout est dans les archives ainsi qu'une anthologie des poèmes présentés. Cliquez ici pour vous inscrire à PoesieLibreE4
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Vous pouvez aussi consulter notre forum ou bien nous proposer vos propres articles.

20 avril 2006

Je est nous

Je est nous. Quelque part au-dedans. Etre deux dans l’ajustement du corps. Balancement. A  droite - A gauche – Derrière - Dedans. Tu es bien là quelque part. Dans ce qui remue à l’intérieur. Nous sommes deux dans l’étendue de l’autre. Les petits mouvements interminables. Nous à droite. Nous à gauche. Le mur devant. Nous crions. On nous touche. On nous change. On nous chamboule. Pas silence. Le monde n’est pas silence. Je te parle. (Tu me parles). Nous nous parlons l’un à l’autre. L’un devant l’autre. L’un depuis l’autre.

On nous hurle. Nous informe. Nous déforme. Nous transforme. Nous chavirons. L’autre monde. L’autre lieu. L’autre espace. Nous les arbres. Nous le ciel. Nous la terre. On nous parle de l’oiseau. Il nous le cherchons. Impasse élémentaire. Trop d’air entre nous. Pas assez. Nous existons bien quelque part. A l’intérieur. Ca tourne. Ca roule. Ca parle. Ca révolte. Ca unit le corps avec le corps, la chair avec la chair, le sang avec le sang, le dedans avec le vide. Le débordement. STOP.

Nous circulons. Pas de débat. Etre deux = Pas moins que un à l’extérieur. Nous automatisme / Automutilation / auto expulsion du soi vers l’autre, vers ce qui s’agite autour. Pas de compréhension. Je dis nous encodés. Nous pas sans moi. Impossibilité dans le refus. Espaçons la résonnance. La défaite de notre propre monde. Je te jette. Tu me lie. Je t’expulse. Tu m’enserres. Je te réfute. Tu me construis. Détournement du corps. Invariabilité. Relation instable dans ce qui est stable.

Dans le mot nous, il y a je. Du moi avant toi. Pas grand-chose. Je n’existe pas. Nous n’existons pas. Deux par deux. Incompréhension d’un geste à l’autre. Tu me touches et je crie. Repartons à zéro. Marchons pour nous dénoncer l’un à l’autre. Nous dans l’étouffement du monde. Je est toi. Parfois nous. Fabrication originelle. Marque contrôlée sans contrôle. De la une à la deux, il y a nous intercalés. Il y a du nous dans tout ce qui guide nos actions.

Tu m’abrites. Je t’abrite. T’as soif. J’ai plus  d’eau. Nous fuyons. Multi sensations – pluri densité – quanti peur -  Angoisse – colère – pas repos – halètement – précarité des émotions. On nous pousse. Nous invente. Nous bricole. NOUS NE SUPPORTONS PAS qu’on nous crie, qu’on nous exige, nous tourneboule. Tout est chose. Tout est rien. Tout est beaucoup. Trop à voir. Trop à sentir. Pas comprendre. Inter lutte. Intra volte. Un monde nous angoisse.

Cécile Guivarch

02 avril 2006

Jacques Ancet - extrait de La tendresse


tu n'as pas de visage et sans doute est-ce pourquoi mes mots s'en vont vers toi, cherchant à cerner l'ombre que tu es, un chien aboie, des voix parlent, le silence est toujours si fragile, cette solitude où pour la première fois tu viens au monde, où peut-être tu mourras aussi, je ne te connais pas, tu n'es rien que l'obscur de ma phrase, cet appel soudain, au volant, conduisant sur une route en pente,le soleil à gauche éclairait les collines et j'ai su que de quelque façon tu devais exister, ombres, visage négatif, tu étais là, sans corps, sans nom, en moi ce présent et, de nouveau, le fleuve, la mer, ses flux et ses reflux, l'horizon qui recule, les labyrinthes de mémoire, qui suis-je dis-tu par ton silence, j'écoute le bruit de la plume sur le papier, je regarde la femme que j'aime, il est cinq heures du premier jour de l'année, encore et encore je recommence mais c'est toi qui parle maintenant,le sang, la bouche d'ombre, intermittent tu clignotes entre les mots, combien d'heures, de jours pour te dire, je regarde ma main couvrir la page, un piano joue à côté, je regarde des enfants, leurs visages, leurs silhouettes à contre-jour sur un chemin, le grand et le petit, riant, courant, tu es là entre eux, flottant dans mon regard, sans forme et je t'aime déjà, bruit de feuilles et de sang, le ciel est d'un bleu sombre et pur sur les toits, viens, c'est moi maintenant qui t'appelle, le temps s'ouvre, je vois la page, la lumière de la lampe que je viens d'allumer, les ombres de chaque objet, je touche mon visage, il est lisse comme un oeuf, il s'efface, buée sur la vitre mauve, bientôt ne restera que la nuit,[...]

La tendresse, Mont Analogue, Editeur, 1997

Hélène Soris - Le voyage de vivre

J'entendais un tam-tam si doux
je gardais les yeux entrouverts
bercé par l'écho de ce tout
cet univers je l'ignorais

Le soir ton rire m'inondait
d'une tiédeur de source chaude
et je frémissais doucement
avide à l'écho de ta voix

Peu à peu naissaient
mon regard flou mes mains
danseuses nues au pouce délicieux
que ma bouche appelait

J'essayais de danser dans cette apesanteur
J'entendais des musiques
respirais des odeurs

Et maintenant maman
où irai-je sans toi ?

(Hélène Soris)

 

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